Les effets de l’homéopathie

De toutes les médecines alternatives, l’homéopathie est sans doute la plus universelle. Pourtant, son efficacité est controversée. La médecine conventionnelle critique l’homéopathie, car il n’existe aujourd’hui aucune explication plausible de son mode d’action. De plus, de nombreuses études scientifiques concluent que l’homéopathie a autant (ou autant peu) d’effets que les placebos. Cependant, d’autres études scientifiques, parfois de haute qualité, affirment l’inverse. Elles démontrent que les molécules actives qui restent dans les dilutions homéopathiques permettent de soigner ou d’améliorer les symptômes de certaines maladies. L’article expliqué ici a été écrit par deux chercheuses de l’Université de Toronto, dans le but d’aider les pharmacien/ne/s à se faire leur propre opinion sur l’homéopathie. Elles expliquent ce qu’est l’homéopathie et décrivent différentes expériences biologiques et physiques sur les dilutions homéopathiques. Elles présentent aussi les résultats de plusieurs essais cliniques, et les différentes législations qui régulent le marché de l’homéopathie.

Où se situe l’homéopathie en pharmaceutique ?

Where does homeopathy fit in pharmacy practice?

Teela Johnson, HonBSc, and Heather Boon, BScPhm, PhD. Université de Toronto, Leslie Dan Faculty of Pharmacy

Lien vers l’article original (publié en février 2007) :

Johnson, Teela, et Heather Boon. « Where Does Homeopathy Fit in Pharmacy Practice? » American Journal of Pharmaceutical Education 71, nᵒ 1 (15 février 2007). https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pmc/articles/PMC1847554/.

Les commentaires en bleu ne sont pas tirés de l’article. Ce sont souvent des explications supplémentaires, dont les sources se trouvent en fin de page.

L’efficacité de l’homéopathie est souvent remise en cause à cause du manque de preuves scientifiques sur son efficacité. De nombreuses études ont été menées pour savoir, entre autres, si :

*L’homéopathie fonctionne grâce à ses principes actifs

*L’homéopathie fonctionne par effet placebo

*L’homéopathie n’apporte aucun bénéfice pour la santé

Souvent, ce sont des études qui regroupent des tonnes de données sur l’état de santé d’utilisateurs/trices d’homéopathie, et qui en tirent une conclusion grâce aux analyses statistiques. J’ai parcouru plusieurs de ces études, et on trouve de tout. Mais la plupart du temps, la conclusion est très vague et souligne que des préjugés/partis pris ont pu altérer les données.

J’ai donc trouvé cet article : « Where Does Homeopathy Fit in Pharmacy Practice? »

Il s’adresse à des pharmacien/ne/s et présente des faits scientifiques établis sur l’homéopathie. Le but de cet article est de leur donner une base de connaissances pour qu’ils/elles puissent décider s’ils/elles considèrent que l’homéopathie devrait être prescrite.

En tant que potentiels consommateurs/trices d’homéopathie, connaitre ces faits scientifiques peut aussi nous intéresser. Les sujets qui seront traités dans cet article sont les suivants :

  • Introduction : comprendre l’homéopathie
  • Expériences physiques sur la dilution homéopathique
  • Expériences biologiques sur la dilution homéopathique
  • Études cliniques
  • Régulation de vente

Les deux dernières sections de l’article concernent les pharmacien/ne/s et j’en ferai seulement un bref résumé.

Introduction

L’homéopathie et son efficacité sont controversées, en raison du manque de preuves scientifiques sur ses bénéfices pour la santé. Pourtant, de nombreuses personnes du corps médical en prescrivent et sont persuadées de son efficacité. Aux USA et au Canada, les préparations homéopathiques sont considérées comme des médicaments et sont régulées comme telles.

L’homéopathie est basée sur trois principes :

  1. Loi de similarité : c’est une théorie qui dit qu’une plante, un animal ou un minéral qui causent certains symptômes peuvent être administrés à très petites doses à une personne présentant ces symptômes pour la soigner.
  2. Thérapie individuelle basée sur des symptômes généraux : chaque personne réagit différemment aux maladies. L’homéopathe doit pouvoir choisir le bon remède en fonction de chaque patient/e.
  3. Utilisation de très petites doses : les substances utilisées en homéopathie sont souvent toxiques lorsqu’elles ne sont pas diluées.

La médecine conventionnelle part du principe que l’homéopathie nécessite tellement de dilutions qu’il ne reste plus aucune molécule de la substance de base dans le produit fini. Mais que nous révèlent les expérience physiques sur la dilution ?

Expériences physiques sur la dilution homéopathique

L’homéopathie implique des substances diluées à de très petites concentrations. Les recherches sur le sujet cherchent surtout à répondre à deux questions :

  1. Comment les solutions très diluées se comportent-elles au niveau moléculaire ?
  2. Comment les solutions très diluées interagissent-elles avec les tissus biologiques ?

Pour répondre à la première question, beaucoup de chercheurs tentent d’altérer les propriétés physiques de solvants en y ajoutant des solutions contenant des substances très diluées.

Un solvant est une substance qui a la capacité de dissoudre une autre substance sans les altérer et sans s’altérer lui-même. L’eau est un solvant.

La majorité des études affirment que les dilutions homéopathiques sont actives, puisqu’elles peuvent effectivement altérer les solvants. Cependant, peu de ces études ont une haute qualité méthodologique.

Plusieurs facteurs peuvent fausser des résultats. On parle de haute qualité méthodologique quand ces facteurs sont très réduits. Par exemple :Contrôles adéquats : souvent, ce sont les placebos qui sont utilisés pour contrôler les effets d’un médicament (placebos VS médicament).

*Randomisation : fait de sélectionner les participants/es et les traitements au hasard

*Donner/recevoir les traitements à l’aveugle (double aveugle)

*Analyses statistiques solides (= de qualité)

*Reproductibilité de l’expérience : une expérience de qualité peut être reproduite en suivant les mêmes méthodes et donner les même résultats. Si les résultats sont différents, il faut comprendre ce qui a changé d’une expérience à l’autre.

Il y a quand même des hypothèses sur le fait qu’une solution très diluée conserve les propriétés de la solution de base :

  • Clathrates : ce sont des groupes de molécules d’eau qui peuvent se « reproduire » et imiter ainsi certaines propriétés de la solution de base.
  • Structure unique de l’eau : dans des solvants polaires (= avec une charge électrique), certaines particules (= atomes, molécules) formeraient des groupes. Ces groupes deviendraient de plus en plus gros au fil des dilutions, et cela permettrait de rendre les particules biologiquement actives, même si elles ne sont présentes qu’en toutes petites quantités.
  • Hormesis (Loi de Arndt-Shulz) : de petites quantités de produits toxiques peuvent avoir un effet stimulant.
  • Énergie : L’énergie de la substance de base est retenue dans la solution et est ensuite retransmise dans les dilutions.

Toutes ces hypothèses sont soutenues par des expériences scientifiques. Il semble donc que les dilutions homéopathiques provoquent quelque chose au niveau moléculaire, même si les mécanismes sont loin d’être compris.

Expériences biologiques sur la dilution homéopathique

Encore une fois, de nombreuses études montrent des résultats contradictoires.

L’une d’entre elle, de haute qualité méthodologique, a prouvé l’effet d’une dilution allant jusqu’à 10120 ! Cette solution homéopathique d’anticorps agissait sur des basophiles (cellules immunitaires) in vitro. Cette expérience a été refaite par de nombreux scientifiques qui ont confirmé ces résultats. D’autres études très semblables n’ont par contre montré aucun résultat positif. 

Des expériences sur les souris ont montré que leur injecter des solutions homéopathiques d’arsenic (1 milligramme par kilo de poids, si on considère qu’une souris pèse 50g, cela représente une injection de 0.05 milligrammes d’arsenic) permettait de les protéger contre la dégradation de leur ADN, protéines et enzymes.

D’autres études de haute qualité montrent aussi un effet des dilutions homéopathiques sur les êtres vivants.Le problème, c’est le manque de preuves et de compréhension du mécanisme d’action. Plus de recherches sont nécessaires.

Etudes cliniques

De nombreux essais cliniques de haute qualité ont montré que l’homéopathie a plus d’effets que les placebos contre plusieurs symptômes/maladies : le rhume des foins, l’arthrite rhumatoïde, l’asthme causé par des allergies, la fibromyalgie ou la grippe.

Dans ces études, les personnes sous homéopathie présentent moins de symptômes, et pour certaines maladies comme la fibromyalgie, une meilleure qualité de vie, que les personnes sous placebo.

Un autre type d’études souvent utilisé est la méta-analyse.

Les méta-analyses sont des études qui consistent globalement à :

Regrouper des données d’études déjà effectuées, traiter ces données (p.ex. retirer celles qui ne sont pas pertinentes), analyser les données restantes et tirer une conclusion.

Il faut faire attention à de nombreux critères lors de méta-analyses. Par exemple, vérifier la qualité des données sur lesquelles les analyses statistiques sont faites. Des biais de publication peuvent aussi être impliqués, car souvent, uniquement les résultats non-nuls sont publiés. Ils peuvent donc être surreprésentés, alors que les résultats nuls sont sous-évalués.

De nombreuses méta-analyses regroupant les résultats de plusieurs essais cliniques sur les traitements homéopathiques ont été faites. Certaines confirment que l’homéopathie a plus d’effets que le placebo, alors que d’autres ne trouvent aucune différence. Les méta-analyses de très haute qualité présentées dans cet article montrent toutes que l’homéopathie a plus d’effet que les placebos. Les auteures soulignent quand même que rien n’est très concluant.

Régulation des traitements homéopathiques

Même si les preuves scientifiques ne permettent pas encore de comprendre ou confirmer l’efficacité de l’homéopathie, elle est régulée en tant que médicament aux USA par la FDA (Food and Drug Administration). Mais depuis 1962, les essais cliniques sur les médicaments homéopathiques ne sont plus nécessaires avant d’accepter la mise sur le marché. Cela signifie que leur efficacité et leur sécurité n’est pas vérifiée. Le marché de l’homéopathie a donc très vite grandi, mais toujours sans avoir découvert de réelles preuves scientifiques.

En Europe, l’homéopathie est aussi régulée, mais cela varie en fonction des pays. Tous les statuts de régulations se trouvent sur ce site : https://homeopathyeurope.org/regulatory-status/, mais si on s’intéresse aux pays francophones :

  • En Suisse, ce sont des associations médicales nationales qui s’occupent de la régulation. Les médecins peuvent se spécialiser et obtenir des diplômes en homéopathie. Le coût des médicaments homéopathiques est couvert par l’assurance maladie obligatoire. Les assurances maladie privées peuvent prendre en charge les traitements homéopathiques.
  • En France, l’homéopathie est considéré comme un système médical à part. Les associations médicales demandent qu’elle ait sa propre législation. Une formation en médecine homéopathique est disponible en postdoctorat. Le coût des médicaments homéopathiques est partiellement couvert par l’assurance maladie obligatoire.
  • En Belgique, la loi reconnait l’homéopathie comme étant un système médical à part qui a sa propre législation. Cette loi n’interdit par les pratiques homéopathiques fournies par des non-médecins. Les assurances maladie obligatoires prennent partiellement en charge les traitements et médicaments homéopathiques. Les assurances privées supplémentaires couvrent tout.  

Si on regarde aux extrêmes :

  • En Slovénie, les médecins se font retirer leur licence par les associations médicales si ils/elles pratiquent l’homéopathie.
  • En Lettonie, l’homéopathie est reconnue comme une spécialisation médicale, et son enseignement dans les universités de médecine est obligatoire.

Aux USA, entre 1990 et 2000, les Américains ont dépensé chaque année plus de 165 millions de dollars pour de l’homéopathie. Et le marché continue de grandir.

Qu’en pensent les pharmacien/ne/s ?

Beaucoup montrent un intérêt à mieux connaître l’homéopathie, afin de mieux conseiller leur clientèle et pour leurs connaissances personnelles. Mais certaines critiques disent que cela montrerait qu’ils/elles valident l’utilisation d’homéopathie, et que cela pourrait nuire à leur réputation en tant que personnel médical, étant donné que la littérature scientifique montre des résultats très variés sur l’efficacité de l’homéopathie.

Selon la médecine conventionnelle, mieux connaître l’homéopathie n’est qu’une perte de temps, et tout ce que le personnel médical devrait expliquer aux patients/es est : « ça ne fonctionne pas… essayez autre chose. »

Conclusion

Pour l’instant, aucun mécanisme plausible permet d’expliquer le fonctionnement de l’homéopathie. Certaines études scientifiques de haute qualité démontrent que l’homéopathie a plus d’effet que les placebos, alors que d’autre ne voient aucune différence. Beaucoup de doutes persistent et la littérature scientifique ne permet pas encore de trancher en faveur ou contre l’utilisation de cette médecine alternative. Il n’y a généralement aucun effet négatif direct sur la santé (par exemple, pas d’interaction avec d’autres médicaments ou d’effets secondaires).

À mon avis, si il y a des effets secondaires, c’est la preuve que l’homéopathie n’est pas juste un mélange d’eau et de sucre. Mais encore une fois, les études démontrant des effets secondaires dus à l’homéopathie sont très controversées.

Les auteures de l’article concluent en disant que chacun/e, en se renseignant dans la littérature scientifique, doit se faire sa propre opinion sur l’homéopathie, puisqu’il n’y a pour l’instant pas de réponse ultime à la controverse.

Le dessin qui illustre l’article est ma création. Les autres images utilisées sont libres d’utilisation et de partage.

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